Projet EUROCLASS – L’internationalisation des classes populaires : circulation de la main-d’œuvre, mobilité sociale et styles de vie en Europe

Projet de recherche ANR 2026-2029

Chercheuse impliquée : Pauline Vallot

L’intégration européenne se traduit par l’intensification des migrations et des circulations de travail. Le projet EUROCLASS propose d’étudier les transformations des classes populaires en France sous l’angle des mobilités intra-européennes et de leurs conséquences sur leurs conditions de travail et d’emploi, leurs styles de vie et leurs représentations sociales. Une telle analyse est inédite et décloisonne les études sur la stratification sociale et les classes sociales et celles sur les migrations Cette recherche collective se structure autour quatre axes analytiques : la compréhension des effets des mobilités géographiques intra-européennes d’une part sur les mobilités sociales (1) et d’autre part sur les conditions d’emploi et de vie (2) des classes populaires en France ; l’identification des formes d’accumulation des ressources spécifiques qui découlent de ces circulations, que nous nommons « capital international » (3), et leurs effets sur leurs styles de vie et les représentations socio-politiques des classes populaires étudiées (4). Pour répondre à ces questionnements, le projet combine les méthodes quantitatives et qualitatives. Dans le cadre du volet quantitatif, nous utilisons plusieurs enquêtes de la statistique publique française, en particulier TEO2 (Ined, Insee), et européenne, notamment EU-LFS et EU-SILC (Eurostat), afin d’analyser la mobilité sociale et les conditions d’emploi et de vie des travailleurs subalternes en migration. Nous intégrons dans cette étude une dimension comparative : entre travailleurs migrants et autochtones, entre individus originaires de pays de l’UE et de pays extérieurs à l’UE ainsi qu’entre femmes et hommes. Ce travail sera complété par la conception et la passation d’une enquête par questionnaire, via un institut de sondage, auprès d’échantillons représentatifs de la population en France, au Portugal et en Pologne. Celle-ci visera à mesurer le capital international des classes populaires comparativement aux autres classes sociales. La conception du questionnaire s’appuie sur les enquêtes qualitatives et le choix des pays retenus leur fait écho. Ainsi, le volet qualitatif repose sur cinq principaux terrains d’enquête en France auprès de travailleurs subalternes qui ont pour point commun de migrer ou d’être mobiles dans l’espace européen. Le premier porte sur des ouvriers détachés sur les chantiers de construction naval de Saint-Nazaire ; le second sur des employés d’origine portugaise vivant en France et embauchés pour retourner travailler dans des entreprises françaises au Portugal ; le troisième sur des ouvriers et des employés transfrontaliers qui travaillent en Suisse et en Belgique ; le quatrième sur des migrants venus des pays du Centre et de l’Est de l’Europe qui occupent des emplois peu qualifiés en Bourgogne ; le cinquième sur des serveurs et vendeurs mobiles dans l’industrie du luxe à Paris et à Nice. En faisant varier les origines migratoires, les types de mobilités (travail détaché, pendulaires, migrations d’installation ou de retour, etc.), le genre des salariés et les configurations territoriales (espace frontalier, villes moyennes de province, métropole) pris en compte, ces terrains d’enquête visent à comprendre l’expérience singulière des migrations et mobilités de travail, à en comparer les modalités, et à en appréhender les effets sur les conditions de vie et les représentations sociales des classes populaires. En articulant les méthodes quantitatives et qualitatives, le projet EUROCLASS reprend à nouveaux frais l’étude des liens entre mobilités internationales, structuration des inégalités et formation des classes sociales.

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